Les doutes d’Usbek sur le sens des lois religieuses expriment un scepticisme qui conduira à l’idée que c’est un autre type de religion que celle vénérée jusqu’alors qu’il faudra concevoir pour qu’elle puisse être véritablement au service de l’Etat, et non le gêner. Montesquieu, qui se cache derrière l’homme de la prière de la Lettre XLVI, répond : « Je ne sais si je me trompe ; mais je crois que le meilleur moyen pour y parvenir est de vivre dans la société où vous [Dieu] m’avez fait naître, et en bon père dans la famille que vous m’avez donnée »46. Montesquieu établit dans cette œuvre une critique de l'institution religieuse ainsi que de ses fidèles. In letter 33, the Persian Usbek discusses the possibility of salvation for Christians: in our opinion, this passage (and especially the expression “semence de nos dogmes”) turns against Christians Justin’s conception of Λόγος σπερματικός. Montesquieu explique aussi que les fidèles sont pieux seulement par soumission et par peur et non par conviction comme le montre le champ lexicale de l’enfer dans la lettre 125 : enfer, épouvante, méchants, peines, menace, Ce n'est donc pas leur désir du paradis qui accroit leur piété et leur prière ainsi que leur bon comportement, mais c'est seulement leur peur de l'enfer qui les pousse à rester dans le droit chemin. SP - 93. Montesquieu dénonce une hiérarchie certaine dans la société française du 18eme siècle : le pape possède un pouvoir important qui lui permet de manipuler le roi, qui lui-même manipule ses sujets. Les lettres qu'échangent les Persans plongent le lecteur dans la réalité orientale. Musulman il est et restera, faisant coexister, comme son Créateur, le respect extérieur et l’affranchissement. Il a voulu rendre eunuque un esclave noir pour le remplacer, mais il s’est enfui. Ce n'est donc pas leur désir du paradis qui accroit leur piété et leur prière ainsi que leur bon comportement, mais c'est seulement leur peur de l'enfer qui les pousse à rester dans le droit chemin. Eloge des « gouvernements doux ». On notera ici la finesse de l’analyse du Persan : la critique ne s’adresse pas aux Protestants, qui ont su adapter leur dogme aux intérêts de leur communauté : celle-ci est plus riche, plus puissante, plus équilibrée que celle des Catholiques. 93–111. Les Lettres persanes fournissent aussi des arguments en faveur de la tolérance dans une évocation à peine voilée de l’interdiction faite en 1685 aux huguenots français de pratiquer leur religion (édit de Fontainebleau révoquant l’édit de Nantes), à la suite de laquelle beaucoup s’exilèrent. Lettre 85 : Allusion indirecte – grâce au récit du Sha Soliman - à la révocation de l’édit de Nantes. FRA4193 – Masteroppgave i fransk (30SP), lektorprogrammet Le département de littérature, de civilisation et des langues européennes (ILOS) UNIVERSITETET I OSLO. Montesquieu fait également l’apologie de la tolérance. Enfin il souligne que l'unité politique ne suppose nullement l'unité de foi contrairement à ce que pensait Louis XIV. cit., p. 45. La critique de la religion fait partie, naturellement, de ces sujets audacieux. Jean Marie Goulemot, “Vision du devenir historique et formes de la révolution dans les Lettres persanes… Article sur la religion (dans lesLettres Persanes) : pp.156-159. Dans les Lettres persanes (1721), Montesquieu met en scène deux Persans venus découvrir la France ; ils échangent avec leurs amis restés en Perse des lettres dans lesquelles ils font part de leurs impressions et de leurs critiques sur les mœurs, la politique, la philosophie occidentale. Mais les religions elles- mêmes génèrent souvent des superstitions. Dans la Lettre LX, Usbek loue les progrès de la tolérance en Europe, par rapport à l’esprit d’intolérance qui règne encore chez les Musulmans avec la querelle entre les Chiites, partisans d’Ali, et les Sunnites, représentants de l’orthodoxie musulmane, et entre la religion musulmane et les autres religions, notamment la religion juive. Le roi approuva cette condamnation. Exposé : la religion dans les lettres persanes Introduction (217) Dans les Lettres persanes (1721), Montesquieu met en scène deux Persans venus découvrir la France ; ils échangent avec leurs amis restés en Perse des lettres dans lesquelles ils font part de leurs impressions et de leurs critiques sur les mœurs, la politique, la philosophie occidentale. Montesquieu se explique le propre même d’une religion est de distinguer le domaine temporel, ce qui relève du terrestre, donc du politique, du domaine spirituel, qui relève du céleste : la monarchie n’a donc rien à redouter de la tolérance religieuse. CRITIQUE DE LA HIERARCHIE B. Comment définir les préceptes de cette religion ? Ainsi, la seule chose qui compte, c’est d’être digne de sa religion, ce qui suppose non pas de faire du zèle pour l’imposer aux autres, mais de respecter les préceptes qui s’y trouvent. Il faut dire que l'auteur se cache derrière le masque de la fiction et fait croire à son lecteur que ce sont là des lettres réelles de deux Persans qu'il expose. This paper studies a probable reference to Justin (an ancient Greek apologist) in Montesquieu’s Lettres Persanes. Montesquieu aborde ce problème dans la Lettre LXXXV que nous étudions ci-après. On en voit le commencement, le progrès, la fin : les divers personnages sont placés dans une chaîne qui les lie. Finalement, on a l’impression que la religion, qui devrait être pour tous la garante de la moralité, est en fait le théâtre d’une hypocrisie innommable. Montesquieu lance des attaques véritablement enragées contre l’intolérance : « ce n’est point la multiplicité des religions qui a produit ces guerres, c’est l’esprit d’intolérance (…), comme une éclipse entière de la raison humaine  (L .LXXXV, p.226, ). Cette lettre annonce la Lettre XLVI, dans laquelle l’idée d’une religion pure, débarrassée de tous les dogmatismes, comme celle des Troglodytes dont Usbek nous dit, dans les Lettres XI à XIV, qu’elle n’est apparue que pour consolider les règles de la société, donner un cadre à l’observation des lois. La critique de Montesquieu est d’autant plus forte que la ruine, à la différence de l’exemple donné par Usbek, a effectivement eu lieu. La Bible, de son côté, promet pourtant l’Eternité à ces mêmes Chrétiens. Une critique de l’institution religieuse (308). A travers cette critique de l'institution religieuse et de ses fidèles, Montesquieu critique également l’intolérance religieuse et fait l’apologie de la présence de plusieurs religions dans un même royaume. Montesquieu et ses Lettres persanes constituent un exemple parfait de ce combat entre l’homme de lettres et la censure politique et religieuse. Montesquieu lance des attaques véritablement enragées contre l’intolérance : « ce n’est point la multiplicité des religions qui a produit ces guerres, c’est l’esprit d’intolérance (…), comme une éclipse entière de la raison humaine  (L .LXXXV, p.226). 16Lettre de la fille d’opéra à Rica, rapportée dans la Lettre XXVIII. La réunion du frère et de la sœur, à la fin de l’anecdote, sous leur loisainte, montre que la seule religion qui vaille est celle du cœur et que, par conséquent, on ne peut jamais se convertir sincèrement à une religion qui diffère en tout point de celle qu’on a vénérée depuis l’enfance. A l’aide d’exemples empruntés à l’histoire des Perses, Usbek critique les persécutions dont sont victimes les Protestants en France. - La multitude des religions permet, par ailleurs, une prospéritééconomique, car chacune s’efforce, toujours par rivalité, de faire mieux que les autres. En tant que philosophe éclairé, Mon-tesquieu cherche à défendre des idéaux politiques, religieux, sociaux et moraux qu’il regrette de ne pas retrouver dans la … Usbek, sur le chemin des Lumières, progresse dans la philosophie : il est en train de dépasser le scepticisme pour accomplir le saut vers la formulation d’idées révolutionnaires. 45-50. « Je ne sais pas », dit- il, « (…) s’il n’est pas bon que dans un Etat il y ait plusieurs religions »38. - D’abord, il démontre par un syllogisme que la pluralité des religions est bénéfique du point de vue moral: plus il y a de religions, plus il y a de rivalités, or chacune cherche à être la meilleure, donc la multiplicité corrige les défauts des unes et des autres. Il est expliqué que les prêtres sont des personnes inutiles aux fidèles. Usbek, en présentant le point de vue du Mahométan - on ne peut être sauvé sans la religion mahométane -, montre à l’aspect relatif de tout dogme. Le Chah Soliman, qui régna de 1666 à 1694, représente Louis XIV, et les « ministres » qui l’ influencent sont Louvois et Noailles, tandis que Chah Abas, qui, selon Usbek, « aurait mieux aimé se faire couper les deux bras que de signer un ordre pareil »35, symbolise le bon roi Henri IV, qui avait permis, avec la proclamation de l’édit de Nantes, en 1598, de donner aux Protestants la liberté de culte. Some information on this page may be suppressed. LaConstitutiondésigne la bulleUnigenitus. « Today, those who claim to be religious are in the whole sincere, because there are relatively few material advantages to be gained from belief ; in the seventeenth and eighteenth centuries, the case was different, and hypocrisy was more widespread. Montesquieu n’a pas hésité à s’exposer à la censure pour diffuser des idées nouvelles, qui circulaient dans les salons, les cafés ou dans des œuvres plus hermétiques, moins accessibles au grand public. La question du gouvernement dans les Lettres persanes. S’il n’y a pas eu d’Inquisition en France, les effets de la révocation de l’édit de Nantes n’ont pas été moins désastreux : l’économie et le prestige de la France ont été ruinés. La critique du christianisme occupe une place très importante dans ce livre. Montesquieu fait l’apologie de la raison, contre l’égarement, mais pas contre la foi. De ce fait, le lecteur peut pleinement s’identifier et adhérer plus facilement encore à cette idée. Klaus Jürgen Bremer remarque : « Diese soziale oder utilitaristische Haltung in Fragen der Religion bedeutet eine Auflehnung gegen die kirchlichen Lehren, die stets den Primat der Religion betont haben »39. Tous d’abord dans la même lettre Il fait une métaphore entre le prosélytisme et une " maladie épidémique " et Montesquieu associe prosélytisme et intolérance. Montesquieu sous-entend le fait que, s’il n’y a qu’une religion unique, rien ne viendra stimuler ce « zèle », et cette religion peut alors se corrompre. 26LP, Lettre XXIV, § 8. Pour l’Église chrétienne, le déisme s’apparentait à l’époque de Montesquieu à une forme d’athéisme, dans la mesure où depuis le péché originel, le dogme insiste sur l’idée que seule l’intercession du Christ permet d’être sauvé. Kristin Skeimo Berge & Sara Helena Bråthen . Le « regard étranger », dont Montesquieu donne ici un des premiers exemples éloquents, contribue ainsi à alimenter le relativisme culturel, qu’on devait voir ensuite illustré chez d’autres auteurs du XVIII siècle. Par ce moyen, les religions fidélisent leurs ouailles : c’est la peur qui tenaille, plutôt que la véritable foi, qui encourage les actions morales, ce que Montesquieu dénonce. Le Dieu de Jésus-Christ est supplanté par celui des philosophes. Ce fut les prémices de la laïcité. Jean Marie Goulemot, “Vision du devenir historique et formes de la révolution dans les Lettres persanes… ... De la Grandeur des Romains et de leur decadence: avec la dissertation sur la politique des Romains dans la religion, Le dialogue de Sylla et d'Eucrate, Lysimaque, L'essai sur le gout, et les Lettres. A cela s’ajoute l’idée qu’en habituant les fidèles à obéir aux principes religieux», la monarchie ne pourra que en bénéficier, Uniquement disponible sur LaDissertation.com, Fiche Bac Français: Montesquieu Lettres Persanes Lettre 30: Comment peut-on être Persan ? Jean Goldzink, La Politique dans les “Lettres persanes”, ouvrage hors-collection des Cahiers de Fontenay, Presses de l’École Normale Supérieure de Fontenay-Saint-Cloud, 1988. 21Ibid., § 11. Il conclut : « Je vois partout le mahométisme, quoique je n’y trouve point Mahomet »42. The article analyzes "Lettres persanes," by Montesquieu. Rien n'a plu davantage, dans les Lettres persanes, que d'y trouver, sans y penser, une espèce de roman. Il explique que la présence de plusieurs religions dans une même nation a de nombreux avantages dans divers domaine tels que le domaine économique. L’amour est la base de cette religion : « Dans quelque religion qu’on vive, l’observation des lois, l’amour pour les hommes, la pitié envers les parents, sont toujours les premiers actes de religion »45. Rappelons que Montesquieu est issu d’une famille catholique et fut marié à … Bien sur, on peut affirmer qu’un rite est une bonne chose si cela plaît à Dieu, mais un rite reste toujours arbitraire. ». Ensuite dans la lettre 29, l'inquisition est un symbole d'intolérance. Lettre 75 : Réflexions sur la religion (chrétienne et musulmane) : « Vérité dans un temps, erreur dans un autre. A l’époque de Montesquieu, il était donc très hardi de se prononcer pour une telle conception dans la mesure où l’on pouvait être traité d’hérétique, une telle conception supposant un combat contre les préjugés, la contrainte, l’autorité et les dogmes d’une manière générale. On en voit le commencement, le progrès, la fin : les divers personnages sont placés dans une chaîne qui les lie. 30Ce n’est qu’en 1787 qu’un édit de Tolérance sera proclamé par Louis XVI afin que les Protestants soient rétablis dans tous leurs droits : état civil, liberté de culte, droit d’exercer la profession de leur choix et de se marier. de Montesquieu - Lettres Persanes, PUF Etudes Littéraires, Paris 1989, p. 34. Mais Montesquieu va plus loin, il s’appuie sur des arguments de bon sens pour montrer à la fois l’absurdité et le danger qu’elles recèlent. Vår 2016 Cette dernière a été surprise dans les bras de son amant qui a été tué. 5Jeanne et Michel Charpentier,Montesquieu - Lettres persanes, Editions Nathan, Paris 1993, page 31. Lettres persanes by Charles-Louis de Secondat baron de La Brède et de Montesquieu, unknown edition, ... Lettres persanes: édition revue et annotée d'après les manuscrits du Chateau de la Brède 1913, Lib. Usbek regrette l’absence de constance de certains, qui croient à Dieu lorsque cela les arrange : « Ce n’est pas qu’ils se soient déterminés par raison, et qu’ils aient pris la peine d’examiner la vérité ou la fausseté de cette religion qu’ils rejettent (…). Montesquieu est habile à toujours rappeler au lecteur que ce n’est pas lui l’auteur de ces lettres, mais bien des Persans : ainsi, l’utilisation du mot « dervis » pour désigner les religieux souligne l’appartenance de Rica à la religion mahométane. XLI (41) 1 er eunuque noir à Usbek Mort d’Ismaël, l’un des eunuques noirs. Montesquieu cherche seulement à se protéger de la censure dont il aurait pu être la proie, et ne nie pas la réflexion critique qui se dégage des nombreuses lettres. Les citoyens non privilégiés n’ont que « leur travail » pour acquérir « opulence » et « richesses ». La religion dans les Lettres persanes. La politique de colonisation religieuse est, à cette époque, particulièrement active. Rica et Usbek complètent ainsi le tableau de la société française de l’époque, qu’ils esquissent tout au long des lettres : il s’agit ici de décrire l’état d’une religion, afin d’en dénoncer ses abus, ses faiblesses. La France était alors une monarchie de droit divin, dont la religion d’Etat était le catholicisme. Lâ absolutisme dâ un roi devenu dévot sous lâ influence des Jésuites, et plus particulièrement de son confesseur le père Lachaise, conduit à une politique dâ intolérancelégale. Charles Dédéyan,Montesquieu ou l’alibi persan, Editions Sedes, Paris 1988. Montesquieu défend donc, avec Usbek, une conceptionutilitaristede la religion : la tolérance n’est pas ici plaidée par idéalisme moral, mais parce qu’elle est un atout pour la société qui en fait preuve. Dans bien des domaines, les dogmes donnent des réponses qui ne sont pas cohérentes ou qui frisent l’absurde. Usbek évolue au fil des lettres mais reste attaché à son sérail par le lien épistolaire et ne … La sœur est contrainte de se marier à un Mahométan et semble s’être, avec le temps, convertie au mahométisme. L'oeuvre raconte le voyage à Paris de deux Persans, Usbek et Rica. Les "Lettres persanes" est un roman épistolaire de Montesquieu rassemblant la correspondance fictive échangée entre deux voyageurs persans, Usbek et Rica, et leurs amis respectifs restés en Perse. La distinction entre le pur et l’impur semble arbitraire. Les effets de cette loi sont d’autant plus pervers que n’ayant pas d’enfants, les membres du clergé doivent être entretenus par la Nation, puisque personne ne peut subvenir à leurs besoins. Comme toujours lors de ses débuts littéraires, il place son récit ailleurs dans le temps et dans l’espace. Kristin Skeimo Berge & Sara Helena Bråthen . Dans la lettre CXLIII, Rica se prononce en faveur du respect de la tradition superstitieuse, mais reconnaît l’inefficacité de ces pratiques : « Les hommes sont bien malheureux ! La critique de la religion y tient une grande place. Lettres persanes - Ebook written by ... De la Grandeur des Romains et de leur decadence: avec la dissertation sur la politique des Romains dans la religion, Le dialogue de Sylla et d'Eucrate, Lysimaque, L'essai sur le gout, et les Lettres. la phrase miroitante de montesquieu dans les "lettres persanes" Users without a subscription are not able to see the full content. Suivis Des réflexions sur les divers génies du peuple Romain. JF - Eighteenth-Century Fiction. Dans la Lettre XLIX, Rica rapporte un entretien qu’il a eu avec un Capucin qui sollicitait l’obtention d’une « petite habitation »31en Perse pour son ordre. Mais quel travail ? La critique de la religion y tient une grande place. Les questions politiques constituent le centre de toute l'oeuvre de Montesquieu. Cependant, la politique religieuse de la France l’intéresse d’autant plus qu’elle est riche de critiques. Voir plus. Dans ces lettres sur la dépopulation, il ne s’agit pas pour Usbek de faire un débat sur la question de la chasteté ou sur celle du divorce, il ne s’intéresse qu’aux questionspratiques, par quoi l’on voit que la question religieuse n’est pas traitée de manière ‘isolée’ : elle est considérée dans son rapport avec d’autres problèmes - ici économiques et sociaux. C’est-à-dire que chacun a le droit d’exercer sa propre religion en étant son propre prêtre. Mais son frère lui montre que son cœur, lui, n’y est pas converti et réussit à la convaincre que sa véritable foi est celle de sa religion natale. Montesquieu condamne à la fois l’intolérance et son corrélat, le prosélytisme. Pour lui, raison et foi ne sont pas incompatibles, pour autant que la raison soit le fondement de la religion : la raison seule permet à l’esprit humain de ne pas s’éloigner de la vérité, mais chez Montesquieu, elle ne menace pas les traditions et les institutions religieuses du passé, comme chez Diderot, car on peut être à la fois croyant et rationnel. C’est le pouvoir de la religion sur les esprits à cette époque qui est grandement critiqué par Montesquieu. La critique est d’autant plus acerbe que nos deux Perses, on s’en souvient, sont venus en France pour découvrir de nouvelles mœurs, non pour convertir les Français au mahométisme, tandis que ce Capucin ne s’intéresse à la terre étrangère que dans l’espoir de la voir prochainement conquise au catholicisme ! 21-23. Seul l’exercice de la raison permet d’arriver à la vertu, la religion ne doit être qu’un cadre. Au 18e siècle, l’Orient et le goût des voyages sont à la mode. Peter V. Conroy Jr.,Montesquieu revisited, Twayne Publishers, New York 1992. La critique du christianisme occupe une place très importante dans ce livre. Autrement dit, le dogme est toujours surajouté, et il faut toujours préférer la réalisation de la justice et de l’amour à l’observation aveugle de lois dictées par le dogme. 13-22 Publisher: PERSÉE : Université de Lyon, CNRS & ENS de Lyon. Il s’agit d’une analyse thématique qui prend pour point de départ la situation politique et religieuse en France au 18ème siècle. La mode a toujours existé. Les Jansénistes pensent que l’homme ne peut mériter le salut de son âme par ses actes : la grâce divine n’est accordée qu’à quelques élus. Toute l’habileté de Montesquieu sera de montrer que la foi peut servir la raison. A travers cette critique de l'institution religieuse et de ses fidèles, Critique de l’intolérance religieuse (445). 41 Ibid., Lettre XVIII, § 2 : « Malheureux, qui, toujours embarrassés des choses de la Terre, n’avez jamais regardé d’un œil fixe celles du Ciel, et qui révérez la condition des mollaks, sans oser ni l’embrasser, ni la suivre ! Montesquieu donne de nombreux détails sur les moeurs persanes : Usbek et Rica utilisent dans chacune de leurs lettres le calendrier musulman et des termes propres à leur langue qui donnent l'authenticité de la couleur locale.