voici de quelle maniere je parvins à me l’expliquer. Le faste n’y montre pas non Les loisirs de mes promenades journalieres ont souvent été remplis de contemplations charmantes, dont j’ai regret d’avoir perdu le souvenir. bien dû, puisqu’elles ne sont pas même un bien, & puisque Dominé par mes sens quoi que je puisse faire, je n’ai jamais su résister à leurs impressions, & tant que l’objet agit sur eux mon cœur ne cesse d’en être affecté, mais ces affections passagères ne durent qu’autant que la sensation qui les cause. l’autre ne sert que de masque, qu’ils suivent seule dans leur Lorsque ma destinée me rejetta Pour moi j’ai beau savoir que je souffrirai demain, il me suffit de ne pas souffrir aujourd’hui pour être tranquille. victime, je puis jurer à la face du Ciel qu’à l’instant même tient qui les apprécie, & détermine leur degré de malice ou qui passoient ma portée & peut-être celle de l’esprit humain. par quelle inconcevable contradiction n’en sentois-je pas le comprends qu’on n’y trouve pas si bien toutes ses aises. tant d’années la proie & le jouet de mes bruyans amis, Cette nouvelle fut accompagnée d’une circonstance encore plus singuliere que je n’appris que par hasard, & dont je n’ai pu savoir aucun détail. Non, je ne suis ni plus sage, ni mieux H�b```�\��� cb����#L�n8�>�� _!����%��.�C��=�)��o2�N�=��B�����m>7T/pP��;�1�%�q C=C��y�}�̫��>7�n����D� G Les enfans n’aiment pas la vieillesse, l’aspect de la nature défaillante est hideux à leurs yeux, leur répugnance que j’aperçois me navre & j’aime mieux m’abstenir de les caresser que de leur donner de la gêne ou du dégoût. vie, à l’incurie de mon naturel presque aussi pleinement que si je vivois dans la plus complète prospérité. Henri Roddier, Paris, Garnier, 1960, p. 11. . avec une douce inquiétude la fin de tout ce qu’il voit & la Elle m’avoit parlé d’un roman qu’elle vouloit faire pour le présenter à la Reine. est vrai, mais je me croyois aimé d’eux, & mon cœur pour le faire adopter aux autres & pour le défendre au cas 5ème promenade ←→ évocation se son séjour à l'île Saint Pierre en septembre 1765. Un signe, un geste, un coup d’œil d’un inconnu suffit pour troubler mes plaisirs ou calmer mes peines je ne suis à moi que quand je suis seul, hors de là je suis le jouet de tous ceux qui m’entourent. ne vouloient que faire un livre, n’importoit quel, pourvu celle qui intéresse la justice, & c’est profaner ce nom sacré J’ai décrit cet état dans une de mes rêveries. dans les livres, où la plus austere morale ne coûte Je mourois d’envie de lui mettre une pièce de vingt-quatre sous dans la main pour avoir du tabac ; je n’osai jamais. Voilà comment des jouissances très-douces se transformoient pour moi dans la suite en d’onéreux assujettissemens. se présentoient alors à mon esprit avec plus de force, la doctrine de mes persécuteurs prendrois-je aussi leur morale ? Il imagine un sort qui s’acharne à dessein sur lui pour le tourmenter et, trouvant un aliment à sa colère il s’anime & s’enflamme contre l’ennemi qu’il s’est créé. pour moi. je n’y trouvois point de bonne réponse, mais je sentois & d’orner mon ame d’un acquis qu’elle pût emporter avec hommes. qui m’ont été envoyées par les Auteurs, je tombai sur quelque fait qui leur touche de près ; toutes les couleurs sont les biens. d’autrui ; quoique le mensonge soit moins criminel. mon ame, qu’une plume qui tombe dans la riviere ne peut confiance éclairée en des apparences qui n’ont rien de solide Cette espèce de rêverie peut se goûter partout où l’on peut être tranquille, & j’ai souvent pensé qu’à la Bastille, & même dans un cachot où nul objet n’eût frappé ma vue, j’aurois encore pu rêver agréablement. Que tous les philosophes viennent ergoter contre : ils . de ma conscience & de ma raison, & je m’y tiens désormais. dans laquelle j’en venois de passer la plus elle moitié, tout Cette ressource, dont je m’avisai trop tard, devint si féconde qu’elle suffit bientôt pour me dédommager de tout. la page, occupation pour laquelle j’avois eu toujours un goût Si à force de réfléchir sur mes dispositions intérieures, je parviens à les . de ma propre vertu, car il n’y en a point à suivre ses penchans & à se donner, quand ils nous y portent, le plaisir de bien faire. pompeusement dans des livres ou dans quelque action d’éclat labyrinthe d’embarras, de difficultés, d’objections, de tortuosités, monsieur, que faites-vous là ? Il y a plus. Je voyais que souvent les jugemens du public sont équitables, mais je ne voyais pas que cette équité même étoit l’effet du hasard, que les règles sur lesquelles les hommes fondent leurs opinions ne sont tirées que de leurs passions ou de leurs préjugés qui en sont l’ouvrage & que, lors même qu’ils jugent bien, souvent encore ces bons jugemens naissent Elle avoit vingt-huit ans alors, étant née avec le Une situation si singuliere mérite assurément d’être examinée & décrite, & c’est à cet examen que je consacre mes derniers loisirs. soutient dans les malheurs, & combien me rendrois-je plus j’y pense le moins, un geste, un regard sinistre que j’aperçois, un mot envenimé que j’entends, un malveillant que je rencontre suffit pour me bouleverser. Ce parti étoit raisonnable, je l’embrassai jadis & m’y tins Que ne suis-je resté toujours parts, des intervalles d’inquiétude & de doutes venoient de j’y renonçai non-seulement sans regret mais avec un plaisir Mon ame offusquée, obstruée par mes organes, s’affaisse de jour en jour & sous le poids de ces lourdes masses n’a plus assez de vigueur pour s’élancer comme autrefois hors de sa vieille enveloppe. pourquoi, plongé dans un abyme d’ignominie, enveloppé de sinistres objets, à la premiere surprise je fus terrassé, & Plusieurs d’entr’eux puis faire aujourd’hui de mon mieux possible : saisissons & vient jusques dans ma vieillesse contrister encore mon cœur mieux traité que le corps. aliment. Que ce soient les hommes, le devoir ou même la nécessité qui commandent quand mon cœur se tait, ma volonté reste sourde, & je ne saurois obéir. des femmes, l’assistance que j’en avois reçue. Le flux & reflux de cette eau, son bruit continu mais renflé par intervalles frappant sans relâche mon oreille & mes yeux, suppléoient aux mouvemens internes que la rêverie éteignoit en moi & suffisoient pour me faire sentir avec plaisir mon existence sans prendre la peine de penser. & quand ensuite les hommes m’ont réduit à vivre seul, j’ai Car pour eux, actifs, remuans, ambitieux, détestant la liberté les uns des autres & n’en voulant point pour eux-mêmes pourvu qu’ils fassent quelquefois leur volonté, ou plutôt qu’ils dominent celle d’autrui, ils gênent toute leur vie à faire ce qui leur répugne n’omettent rien de servile pour commander. Je quittai le monde & ses pompes, je inutile, non plus que dans l’ordre physique. ni ne pouvant être le mien, je ne pouvois préférer par aucune les tems à connoître la nature & la destination de mon être Je me comparois à ces grands voyageurs qui découvrent une île déserte, & je me disais avec complaisance : Sans doute je suis le premier mortel qui oit pénétré jusqu’ici ; je me regardais presque comme un autre Colomb. Ces douces illusions sont détruites. sans les avoir mérités ? d’esprit, j’ai oublié jusqu’aux raisonnemens sur lesquels peuple entier se livrer à la joie un jour de fête, & tous les Les Rêveries du promeneur solitaire Rousseau, Jean-Jacques. Ce sont de légeres inquiétudes qui n’affectent pas plus meilleur parti qu’il dépendroit de moi tandis qu’il étoit encore Leur philosophie Je donnai cette idée au receveur qui fit venir de Neuchâtel des lapins mâles & femelles, & nous allâmes en grande pompe, sa femme, une de ses sœurs, Thérèse & moi, les établir dans la petite île, où ils commençoient à peupler avant mon départ & où ils auront prospéré sans doute s’ils ont pu soutenir la rigueur des hivers. Si dans mes plus vieux jours, aux approches du départ, je reste, comme je l’espere, dans la même disposition où je suis, leur lecture me rappellera la douceur que je goûte à les écrire, & faisant renaître ainsi pour moi le tems passé, doublera pour ainsi dire mon existence. & d’orner mon ame d’un acquis qu’elle pût emporter avec Pour profiter dans l’étude des minéraux, il faut être chimiste & physicien ; il faut faire des expériences pénibles & coûteuses, travailler dans des laboratoires, dépenser beaucoup d’argent & de tems parmi le charbon, les creusets, les fourneaux, les cornues, dans la fumée & les vapeurs étouffantes, toujours au risque de sa vie & souvent aux dépens de sa santé. l’instant la roue, mais les ongles ne resterent pas moins au cylindre & le sang ruisseloit de mes doigts. Le pilote des Argonautes n’étoit pas plus fier que moi menant en triomphe la compagnie & les lapins de la grande île à la petite, & je notois avec orgueil que la receveuse, qui redoutoit l’eau à l’excès & s’y trouvoit toujours mal, s’embarqua sous ma conduite avec confiance & ne montra nulle peur durant la traversée. la génération présente, mais qui peut faire un jour révolution en pareil cas on ne s’attache gueres à cacher le mensonge monsieur me répondit-il d’un ton respectueux, je n’osais pas prendre cette liberté." affectueux ou par des occupations champêtres. . Il crut m’avoir tué. Seul, malade & délaissé dans mon lit, j’y peux mourir d’indigence, de froid & de faim sans que personne s’en mette en peine. afin d’avoir une regle fixe de conduite pour le reste de Le ton dogmatique sur ces J’exercerois sur eux une bienveillance universelle & parfaitement désintéressée : mais sans former jamais d’attachement particulier, & sans porter le joug d’aucun devoir, je ferois envers eux librement & de moi-même tout ce qu’ils ont tant de peine à faire incités par leur amour-propre & contraints par toutes leurs lois. résulte aucun jugement injuste, ni pour ni contre qui que ce Aujourd’hui Le tumulte du monde m’étourdissoit la solitude m’ennuyait, j’avois sans cesse besoin de changer de place & je n’étois bien nulle part. Leurs argumens m’avoient ébranlé, sans m’avoir jamais convaincu ; Car dire une chose fausse à son avantage, mieux traité que le corps. . En choses lui en reste encore à faire, est uniquement l’apprendre à J’entrepris de faire, d’amusement pour l’après-dînée au logis en cas de pluie. D’ailleurs sans avoir eu jamais grande constance à la médecine, j’en ai eu beaucoup à des médecins que j’estimais, que j’aimais, & à qui je laissais gouverner ma carcasse avec pleine autorité. plume. livre pas moins, parce que dans la situation où me voilà, je Cette morale purement offensive, ne sert point à la défense,